February 27, 2006

J-Roc, dealer de crack


A force d'idoles en toc qui en rajoutent des caisses pour asseoir une street credibility défaillante, on reproche souvent au rap d'être devenu une usine à clichés, bling bling et dope en étendard, faits pour perpétuer des légendes et, au final, amasser du blé. C'est une généralisation qui méconnait certaines réalités.

Nos excellents confrères de l'Abcdr ont essayé de remédier à cela, en publiant des papiers oubliés, partiellement publiés dans Radikal. Ces papiers, ce sont 3 interviews d'un jeune de Queensbridge, J-Roc, à trois moments de sa courte existence. Un texte édifiant, et nécessaire.

1. J-Roc, dealer de crack

Notorious BIG :: Ten Crack Commandments
[from Life After Death]

R: Tu deales du crack depuis quand, quel âge t’avais quand t’as commencé ?
J-R: J’ai grandi autour du crack, ça battait déjà son plein quand j’étais bébé. A l’époque on disait "free base", c’est bien après qu’on a commencé à appeler ça "crack-cocaine". Je me souviens, quand j’étais petit, ma mère me disait "dis à ton frère qu’on passe à table, va le chercher, il est où ?" Je le voyais sur le pallier avec des sales mecs tout dégeulasses, qui puaient… Je me disais "qui c’est, qu’est ce qui se passe ?"
J’ai deux frères; quand j’ai commencé à vendre sérieusement, j’avais 13 ans. Ils voulaient pas que je rentre dans le jeu, ils me tabassaient, prenaient mes cailloux et mes thunes pour que j’arrête mais y-avait rien à faire. Des fois, les crackés me disaient: "si je t’achète une dose, tes frères vont me tuer", je disais: "c’est moi qui vais te tuer si tu leur dis…"
Quand l’ainé (Ant) est allé en prison, il a pris huit ans et j’ai eu la voie libre.

2. Inside Rickers Island

Kool G Rap :: Rickers Island
[from Wanted : Dead or Alive]

R: Et l’ambiance ici ?
J-R: Ça par contre… Toujours la même guerre entre les latinos et les négros… Ça se balafre au rasoir pour n’importe quoi: les coussins, les couvertures, la télécommande de la télé, l’accès au téléphone etc. En soi, ils s’en foutent mais c’est le symbole du pouvoir qu’ils cherchent. "Tu contrôles le téléphone" ça veut dire: "tu contrôles ceux qui veulent se servir du téléphone", tant que tu contrôles, t’es le king. Même le mec qui a pas besoin de téléphoner, il va faire semblant pour dire "c’est mon tour, je me suis battu pour ca, j’y ai droit"…
3. Moriah

Mobb Deep :: Survival of the Fittest
[from The Infamous]

R : O.K, après le sport, quoi ? La bouffe ?
J-R : Ouais. Pour la bouffe aussi, y'a une grosse différence avec Rykers : elle est bonne, y-a pas à chier. T’arrives, y'a de tout : des œufs brouillés, du bacon, du jambon, des pancakes, des frites-maison, des céréales, des saucisses, y-a même des gauffres ; bref, ça tue. A Rykers, je bandais pas ; à Moriah, je croie pas qu’ils mettent des trucs bizarres dans la bouffe parce que le matin, t’as la barre grave… Truc de fou, à l’appel de 5:45, on est tous en ligne et on a la trique comme des mousquetaires, ils nous font : "alors les filles, on mouille ?"

Note : Je n'ai pas choisi les deux premiers morceaux, qui sont mentionnés "par les acteurs eux-mêmes" dans le cadre de l'interview. En particulier, si BIG se montre comme toujours assez monstrueux, je n'aime pas trop le morceau de Kool G Rap, que je trouve mal rappé (mal rappé et Kool G Rap dans la même phrase, ca pourrait être une erreur, mais ça ne l'est pas). Le morceau de Mobb Deep est en revanche un choix plus personnel, suite aux conseils de l'ami Tunui : il illustre bien le parcours de J-Roc, et Mobb Deep, originaire de Queensbridge, est cité à plusieurs reprises dans l'article.


4 comments:

L'Anonyme de Chateau Rouge said...

perso je n'ai pas la nostalgie du gansta rap "veritable", je prefere amplement un type straight posant façon gansta qui fait de la bonne sic à un dealer qui pose rappeur. Mais rien à dire sur les morceaux proposés.

Garrincha said...

Certes. Mon point était plus de démontrer que "la rue", souvent mythifié, est parfois une réalité assez repoussante et que l'appréhender me permet de mieux comprendre certains aspects du hip-hop.

Concrètement, je suis plutôt un "nerd", un fan de rap conscient et de l'esprit "peace, unity & having fun", mais quand je lis ça, je comprends ce que d'aucuns appellent des dérives du rap.

Tunui said...

En meme temps la question c'était de pas de vérifier qui est un dealer qui est un gros mytho'. C'est quand meme de la musique au final.

Cet article est intéressant parce qu'il est la représentation concrète d'une réalité décrite dans un certain nombre de morceaux.

Et oui, la sélection est cool.

Anonymous said...

bedava mp3