March 28, 2006

off to the motherland

Joie, paix, bonheur, sérénité et amitié entre les peuples ! Je commence à rentrer un paquet de missions ! Mes problèmes de thunasse devraient n'être bientôt plus qu'un mauvais souvenir ... Ceci étant, si vous - chers lecteurs - avez besoin d'un concepteur rédacteur talentueux et relativement pas cher, n'hésitez surtout pas ![mode business 0ff]

Surtout, grâce à ma chère et tendre, je pars samedi rendre visite à mes oncles et tantes en Egypte. Une petite semaine de découverte pour elle (un rite de passage aussi, avant le 15 juillet prochain) et de retour aux sources pour moi ...

Le mix "By Request", qui incorpore toutes vos enthousiasmantes suggestions, est bel et bien prêt, mais la (au demeurant très jolie) pochette ne l'est pas. Il vous faudra donc patienter un petit peu.

Avant de partir, cependant, petite revue de ce que j'ai entendu/trouvé/reçu ces derniers temps. Une fois n'est pas coutume, sans trop d'abusives déblatérationsDes promesses, des promesses ...

Sol Seppy :: Slo Fuzz
Sol Seppy :: Wonderland
Sol Seppy :: Wonderland (video)
[from The Bells of 1 2]

Sol Seppy mérite beaucoup plus que les quelques lignes que je pourrais bien écrire sur elles. Elle mérite un roman. Elle sera dans le mien. Elle mérite que vous l'écoutiez, et que vous tombiez amoureux de ce qu'elle fait. Elle mérite que vous achetiez son album. Ou que vous la téléchargiez illégalement mais que vous vous précipitiez pour la voir en concert dès qu'elle passera près de chez vous ... Là, à la fin du concert, vous vous approcherez près d'elle et vous lui susurrerez un tout petit merci du bout de vos lèvres intimidées. Et peut-être même qu'elle vous souriera.

Avant de sortir un album solo, Sophie - la jeune australienne qui se cache derrière Sol Seppy - a contribué à ceci et celà.

Peasant :: Be Free
[unreleased]

Peasant est un pote de Tom Thumb, déjà chroniqué sur ces pages. D'autres ont déjà parlé de lui. Entre temps, notre homme a continué à écrire, et son prochain album devrait paraître l'été prochain et s'appeler "Startled into Slumber". Premier extrait, donc, en forme de mélopée. Un peu bancale, un peu en retard sur la batterie. Terriblement juste.

Pascale Borel :: J'ai des copains
[unreleased]

Certains jours, le combat politique semble tellement fermé, tellement perdu d'avance, que l'on n'a même plus envie de le mener. Juste envie de cogner. Pas que sur Sarko mais surtout sur lui. En chantant du Rage Against The Machine. En rêvant à notre jeunesse idéaliste. Autant dire que ces journées ont récemment été assez nombreuses. Pascale Borel n'aurait en temps normal pas trop mes faveurs musicales, mais elle réussit à dire tout ça avec un peu d'humour. C'est déjà ça que les autres n'auront pas. [via Fluctuat]

Anomaly :: Chill
[from The Long Road]

Il y a toute une sous-scène de l'électro contemporaine qui se spécialise - pour faire court - dans le mélange entre blips et guitares acoustiques. C'est souvent très joli. C'est souvent très oubliable. Sauf quand ce sont les maitres du genre qui s'y attelent (Boards of Canada, Four Tet). Sauf quand des petits nouveaux trouvent de nouvelles recettes. Comme Tunng, Minotaur Shock ou, dans le cas qui nous occupe, un certain Anomaly qui ressemble à un personnage d'American Pie. (Et hop, une idée de mix qui naît dans ma petite tête !)

Maps :: Lost My Soul
[from Lost My Soul]

Le chanteur de Mercury Rev rencontre les deux larrons de Telefon Tel Aviv. Ils prennent un café ensemble dans un vieux dinner. Pas loin de Las Vegas. Ils ne trouvent pas grand chose à se dire. Ils sont en pause. Au studio depuis des heures, ils n'ont produit que de la soupe. De la bonne grosse soupe. Un truc affreux. En se marrant, l'un d'eux dit que s'ils sortent ça, ils vont finir sur VH1. Les autres ne rient pas.

Subitement, alors que l'un est en train de signer un autographe à la serveuse, un autre en train de commander un quatrième hamburger et le dernier en train de chercher des clopes, une chanson de Mars passe à la radio. Ils se regardent, se figent un instant et repartent en hurlant vers le studio. Et enregistrent ça. Par moments, ils choisissent un bouton au hasard et le tournent frénétiquement dans tous les sens. A d'autres, ils ne font presque rien. Pendant ce temps, le hamburger agonise, seul sur une table en formica.

***

Je m'arrête là. J'en ai encore tartiné partout ...
A dans 10 jours, si vous le voulez bien.

March 27, 2006

la légèreté - insoutenable ?


La légèreté. La recherche du silence le plus parfait. Quand les notes se détachent, et glissent lentement les unes à la suite des autres. Tombant au ralenti depuis des hauteurs vertigineuses. L'art de la retenue. Quand l'on parvient à mettre toute son âme dans une note en n'effleurant qu'à peine son instrument. Quand un chanteur réussit à tout dire en se taisant, en n'exhalant les notes qu'après un imperceptible soupir.

Cette recherche de la musique en suspens m'a conduit, après [liste non exhaustive] les concerts de Lambchop, les disques de Sparklehorse, le "Out of Season" de Beth Gibbons et sur les conseils éclairés de Sidi Ali, à Mark Hollis.

Mark Hollis, le chanteur de Talk Talk qui emmènera son groupe vers des horizons inimaginables à leurs débuts. Le temps de leurs deux derniers albums, pour une trilogie que complète l'album solo de son chanteur et qui décrit parfaitement cet art de la retenue, du silence et de la délicatesse.

Entre "Spirit of Eden", enregistré en 14 mois dans une église abandonnée, "Laughing Stock", dans lesquels les musiciens historiques de Talk Talk ne sont déjà plus très présents, et "Mark Hollis", qui sort début 1998 après près de 7 ans de silence, il y a en effet plus qu'un air de famille. Une profonde ressemblance. Une même recherche de la note presque transparente. Loin de la pop synthétique empreinte de new wave des débuts du groupe, ce sont au contraire des gemmes aux sonorités très organiques qui s'offrent à l'auditeur, déployant lentement leur beauté vaporeuse, à la confluence exacte du jazz et du folk, le tout réhaussé de la voix plaintive de notre homme. De longues envolées qui ne semblent jamais s'achever réellement.


Talk Talk :: I Believe in You
[from Spirit Of Eden]

Talk Talk :: New Grass
[from Laughing Stock]

Mark Hollis :: The Daily Planet
[from Mark Hollis]

La boucle finissant toujours par être bouclée, le bassiste de Talk Talk - Paul Webb - est devenu, des années plus tard et sous le nom de Rustin Man, le producteur de Beth Gibbons.

Le "Mark Hollis" est rare. J'ai trouvé le mien d'occasion sur Price Minister.

***

Le dernier mix de l'ORTF - "Home Is Where The Heart Is" - est dorénavant disponible, et en podcast, sur Radio Shic. Le prochain ne devrait pas tarder et réunir les petites pépites qui m'ont été conseillés. Encore merci à tous !


March 24, 2006

un rendez-vous important

Dans quelques heures, j'ai rendez-vous avec ce fameux client qui me doit 4.000 €. Oui, vous avez bien lu, 4.000 € ; pour 3 mois de boulot, on est encore loin de la villa dans le Lubéron. A moins qu'il n'annule encore une fois. Ce qui serait une mauvaise idée. Je suis à bout, j'en ai marre de me faire promener. Autrement dit, soit ce soir je peux foncer à la banque pour déposer mon chèque, soit c'est la guerre.

J'essaie de me mettre dans l'état d'esprit adéquat, et je crois bien avoir trouvé l'ingrédient idéal.

Saul Williams :: List of Demands (Reparations)
[from Saul Williams]

March 22, 2006

Crazy Smiley Faces


Il est finalement assez rare que l'on parle ici de l'actualité musicale immédiate. Encore plus que l'on relaie les fuites d'albums non encore parus. Oui, comme vous l'avez deviné, c'est précisément ce que je vais faire aujourd'hui.

J'ai pris une bonne claque en posant mes oreilles sur ceci, et je ne pouvais pas m'empêcher de le partager. Ceci, c'est Gnarls Barkley. Qui ? Gnarls Barkley. Derrière ce patronyme improbable se cache en fait un duo d'artistes établis : le producteur Danger Mouse, qui - après son Grey Album, le "Demon Days" de Gorillaz et un album assez raté avec MF Doom (Dangerdoom) - s'associe avec Cee-Lo.

Ladies & Gentlemen, aussi incroyable que cela puisse paraître, on produit encore de la bonne soul de nos jours ... Si à l'écoute de "Smiley Faces", vous sautez subitement les deux pieds sur votre bureau pour faire du hoola hups devant vos collègues, rassurez-vous, c'est normal. Enjoy :

Gnarls Barkley :: Crazy
Gnarls Barkley :: Smiley Faces
[from St. Elsewhere - à paraître sur Atlantic cette année]

[MySpace]

***

Envie d'un peu plus de soul aujourd'hui ? Excellent retour - face B à l'appui - sur la carrière d'une des plus belles voix de la soul sudiste : OV Wright. Diddy Wah se penche quant à lui sur la carrière de Bobby Womack, avec des reprises de "All Along The Watchtower" & "California Dreaming", ainsi qu'un "Ruby Dean" qui emprunte beaucoup au "Ruby, Don't Take Your Love To Town" de Kenny Rogers.

***

Ce soir au Bataclan, les jeunes d'Amnesty International organise un concert dans le cadre du Printemps des Droits Humains, consacré cette année à la campagne "Control Arms". Avec Ba Cissoko, Daby Touré et l'excellente Zap Mama.

***

Il reste un crédit à utiliser dans le cadre du premier (petit) concours de l'ORTF.

March 20, 2006

Just Spin It


Conseil du jour : pour passer une bonne semaine, on évitera à l'avenir de se mater "Sex Traffic", docu fiction consacré à la traite des filles de l'est, un dimanche soir. Pour se remettre, retour du hip-hop sur ce blog (j'ai l'impression que ça fait un bon moment ...)

Avec un artiste rencontré lorsque j'ai eu internet pour la première fois chez moi, découvrant qu'on pouvait en faire autre chose que consulter ses mails dans une cafétéria. Principale trouvaille de l'époque : Epitonic. Un site qui proposait - dans tous les genres - d'écouter et de télécharger légalement des mp3s d'artistes ayant donné leur accord. Un site en sommeil, mais dont on annonce une refonte pour cette année.

Certains ont dit de Jay Dee qu'il avait révolutionné le hip-hop parce qu'il lui avait apporté une approche non-anthémique. Joli néologisme, non ? Si on considère que de nombreux producteurs cherchent avant tout à créer des anthems (avec des gens comme Just Blaze dans cette partie du spectre), d'autres - et ils sont plus rares - privilégient les ambiances. C'est dans cette catégorie que je classerais DJ Spinna. Turntablist et producteur aux grosses influences jazzy, avec un don pour la petite basse entraînante, un sens du groove - léger maiset irrésistible - et des productions faussement calmes, terriblement mid-tempo.

C'est sa marque de fabrique et c'est donc avec ça qu'on commencera la semaine. Innombrables remixs pour les plus grands, nombreux albums de mix - dont l'un des meilleurs volets de la série Strange Games & Things (plus tard renommé Strange Games & Funky Things), un groupe - Jigmastas - en collaboration avec MC Kriminul, et même des incursions du côté de la house : la production du monsieur est pléthorique. Petite sélection :

De La Soul :: Stakes is High (DJ Spinna Remix)
[from De La Mix Tape]

Lyrics Born :: Changed My Mind (DJ Spinna Remix) [*]
[from Same !@#$ Different Day]

Jigmastas :: Nocturnal Jam
Jigmastas :: Don't Get It Twisted (feat. Sadat X)
[from Infectious]

DJ Spinna feat. Monet :: Bahia Blues
[from Trip Do Brazil 2]

March 16, 2006

a million bucks ?


Depuis hier, depuis que j'ai ouvert mon courrier, c'est le stress. Le gros stress. Je n'ai jamais été un garçon particulièrement raisonnable en ce qui concerne mes finances. J'avais certes réussi à économiser un peu l'an dernier, mais les quelques mois d'inactivité que j'ai connu depuis ont réduit ce petit pécule à néant. Disons toutefois que cela restait raisonnable.

Mais là, j'ai d'une part un client qui mets du tempsrefuse de me payer, et de l'autre les impôts qui se sont servis hier dans mon compte. Comme en plus j'ai certaines échéances assez importantes qui pointent à l'horizon (présenter ma demoiselle à la famille au pays, inviter 200 personnes à bouffer, etc.), ben c'est la dèche ...

Barrett Strong :: Money (That's What I Want)
[from The Best Of Barrett Strong]

Chuck Brown & The Soul Searchers :: We Need Some Money
[from Go Go Crankin']

Encore :: Defined By The Dollar (via Slurg)
[from The Essence 12"]

***

Notre petit jeu est toujours d'actualité. Et il se pourrait même qu'il y ait un petit quelque chose à gagner pour celui qui aura proposé la chanson qui me plaira le plus ...

March 13, 2006

Buzzers & Bees

J'avais prévu de vous parler de Black Box Recorder, mais mes albums demeurent mystérieusement introuvables. Rien de plus énervant que de constater qu'on a prêté un disque à quelqu'un et qu'on ne se souvient même plus à qui ... Bref. J'avais également prévu de passer un petit moment sur Jigmastas, mais les mots ne viennent pas. J'improvise, donc. Avec un sketch d'Ivor Cutler repris en chanson par un groupe inconnu et introuvable sur la toile, A Night Of A Serious Drinking. Avec des abeilles. Avec en conclusion le magnifique Tom Petty, l'homme qui m'a appris que tous les bouseux n'étaient pas des ploucs, et réciproquement.

Ivor Cutler :: Little Black Buzzer
[live - disponible sur Velvet Donkey]

A Night of Serious Drinking :: Little Black Buzzer
[from One After Another]

Helvetia :: Beezlebub (Leave Me Be)
[from The Clever North Wind]

Kelly de Martino :: Bumblebees
[from Radar]

Tom Petty :: Honey Bee
[from Wildflowers]

***

Je ne suis pas certain de conserver la radioblog. Je trouve le son pauvre et plat...

Tract Records réédite I Am A Cold Rock. I Am Dull Grass. A Tribute to Will Oldham. Et Songs:Illinois vous en propose un extrait, par Iron & Wine.

Oh Marlena !

***

10 Songs To GiveTake

le grand jeu concours où c'est moi qui gagne

J'ai reçu il y a peu de la part d'une personne très bien (et célibataire) avec laquelle je partage un héritage génétique hors du commun une carte cadeau iTunes valable pour 10 chansons. Je déborde évidemment d'idées diverses sur les morceaux que j'aimerais acquérir (malgré la perspective très prochaine de ne plus utiliser un iPod - trop fragile ces merdes), mais je me suis dit que pour une deuxième fois, nous allions renverser les règles du jeu. Chers lecteurs, c'est à vous, si vous le voulez bien, de me conseiller des choses que je ne connais pas.

Edit : Je ferais un post récapitulatif avec les chansons finalement sélectionnées. Les suggestions, so far :
1. "Communist Daughter" de Neutral Milk Hotel par Gab ...
2. "Will Make A Lover Out Of You" de Les Savy Fav par Anonyme : je l'ai déjà ...
3. "Bees" de Laura Cantrell par Thanu
4. "The New" de Jay Dee par Tunui
5. "Paint by Numbers" de Danger Mouse & Murs par Mr. Blacksad (qui m'a fait énormément de suggestions, dont très peu sont disponibles sur iTunes ; cf. commentaires)
6. "Call me in, Piccard" de Ai Phoenix par Mr. Blacksad
7. "Always On My Mind" de Antennas par James
8. "Nice Day" de Persephone's Bees par Ulrich
9. "Didn't I" de Darondo par James
10. "The Sound of Her Voice" de Mike Sport Murphy par Baptiste
11. "No One Waved Goodbye" d'Edwyn Collins par Baptiste
12. "80 Steps to Jonah" de Head of Femur par Chryde
13. "Oh Mandy" de Spinto Band par Sidi Ali

Keep it coming, fellows ! (1 credit left) Game Over !

March 09, 2006

regarde les hommes tomber ...

2006 sera vraisemblablement l'année de l'hécatombe. Ali Farka Touré, le grand bluesman malien que l'on rencontre - en patriarche rêveur et en musicien plongé dans les traditions de l'Afrique Occidentale - dans le documentaire "Feels Like Going Home" (ou "Du Mali au Mississipi") de Scorcese, est décédé mardi.

Edit : David en a déjà parlé.
Edit #2: Benn Loxo en parle également très bien.

March 08, 2006

[Mix#3] Home Is Where The Heart Is

Lorsque nous étions jeunes (et cons, diraient certains), il m'arrivait, lors des nombreuses et diverses manifestations auxquelles j'ai pu participer, de siffler l'hymne national. Pour des motifs divers, qu'il s'agisse d'essayer d'énerver les pourritures du FN bien à l'abri derrière des rangées de gendarmes mobiles impassibles ou simplement parce que nous rejetions ce chant que certains trouvaient trop guerrier.

J'avais J'ai un ami que cela choquait profondément. Parce que pour lui, ça ne se faisait pas. Parce que la République - et son hymne - avait été une terre d'accueil pour lui et ses parents, un espace de liberté qu'ils avaient pu rejoindre en fuyant la tyrannie.

J'y repensais hier, pieds mouillés et menton relevé, au milieu de la multitude du boulevard Beaumarchais. A notre militantisme passé, à nos croyances. A ce que nous sommes devenus.

D'ici quelques semaines, cet ami va être papa d'une petite fille. Et il cherche un prénom qui "ne fasse pas trop français". Parce que lui-même ne se sent pas - ou plus - très français. Je ne le juge pas, car même si je n'ai pas trouvé les mêmes réponses que lui, je suis - métisse élevé dans une foi assez largement stigmatisée ces derniers temps - en proie aux mêmes doutes et aux mêmes écartèlements.

Mais je ne peux pas m'empêcher de trouver ça triste.

Home Is Where The Heart Is [36.9 Mo]

Principaux ingrédients :

1. Bernard Herrman - The Home/Sorrow [via Score*Blog]
[from The Ghost & Mrs. Muir]
2. Doris Troy - Lazy Days (When Are You Coming Home ?)
[from Just One Look]
3. Esther Philips - Home Is Where The Hatred Is
[from From A Whisper To A Scream]
4. Mavis Stapple - A House Is Not A Home
[from Only For The Lonely]
5. Toots & The Maytals - Take Me Home Country Road
[from Reggae Greats]
6. Gene Vincent - I'm Going Home (To See My Baby) [via STG]
[from The Crazy Beat of Gene Vincent]
7. Arlo Guthrie - I'm Going Home
[from Alice's Restaurant]
8. Christian Kjellvander - Homeward Rolling Soldier
[from Songs from a Two-room Chapel]
9. Sparklehorse - Homecoming Queen (live)
[from Live on KRCW]
10. Jane Birkin & Brian Ferry - In Every Dream Home A Heartache
[from Rendez-Vous]
11. Troublemakers - Everywhere Is My Home (feat. Gift of Gab)
[from Express Way]
12. Leadbelly - I Want To Go Home
[from Last Sessions]

March 07, 2006

They killed Kenny


Ce matin, en chemin pour exiger le paiement de mes arriérés de salaires, j'avais dans l'idée de me mettre dans l'état d'esprit adéquat en écoutant du MOP. La magie du lecteur mp3 a fait qu'en guise d'anthem brûlant, je tombe sur le "Heartbeats" de José Gonzàles. On fait mieux comme hymne guerrier. Bref. Je vais quand même être payé cette semaine.

Ce qui m'amène au sujet du post de ce jour, une autre musique découverte par le biais d'une publicité. Pour une marque de bagnole (là je voulais faire une parenthèses sur le fait que j'aime bien certaines pubs pour bagnoles alors que j'ai pas le permis ; et puis je me suis dit que c'était pas très intéressant). Une japonaise. Avec un type tellement libre dans sa tête qu'il enlevait sa cravate. Au bureau. Dans le hall, devant tout le monde. Et personne ne le lynchait, personne n'essayait de le lapider, même si la standardiste prenait l'air outré devant ce comportement de dégénéré.

Une pub de merde, donc. Mais avec une chanson qui m'a directement renvoyé à des souvenirs d'enfance. Ma mère aimait bien Kenny Rogers. Elle n'en avait conservé qu'une seule cassette, que par conséquent elle rejouait assez souvent. Hélas, c'était du Kenny Rogers sans The First Editions, du Kenny Rogers dans sa deuxième partie de carrière, quand il s'est rendu compte qu'il y avait un marché pour de la ballade countrysante bien cheesy. Du Kenny Rogers période soupe, en somme.

Là, il s'agit des débuts du bonhomme et en particulier du tout premier album de Kenny Rogers & The First Edition. Un petit joyau qui mélange allègrement country, influence psychédélique & pop 60s. Un album à redécouvrir d'urgence (si vous pouvez - cf. Addendum), au-delà de son exubérant et irrésistible "Just Dropped In" (que l'on retrouve également sur la BO du Big Lebowski), avec ses guitares fuzz, ses harmonies vocales en pagaille et son entrain manifeste.

Kenny Rogers & The First Edition :: Just Dropped In (To See What Condition My Condition Was In)
[from The First Edition - 1967]

Kenny Rogers & The First Edition :: Ruby, Don't Take Your Love To Town
[from Ruby, Don't Take Your Love To Town - 1969)

Kenny Rogers & The First Edition :: The Way It Used To Be
Kenny Rogers & The First Edition :: Dorsey the Mail-Carrying Dog
[from The Ballad Of Calico - 1972]

Addendum : Réédité en 1995 par Bulldog, "The First Edition" n'est pas disponible sur iTunes (on n'y trouve qu'un best of, intitulé "Kenny Rogers & The First Edition : The Ultimate Collection"). Ni évidemment sur les pauvres Fnacmusic ou Virginmega. Il n'est pas non plus disponible sur Amazon France ou Amazon.com. A moins que ceci ne soit un package des deux premiers albums du groupe ? "The Ballad of Calico", album concept sur une ville fantôme du désert Mojave composé en 1972, n'a pour sa part jamais été édité en CD et est a fortiori introuvable sur ces plates-formes.

En revanche, on trouve des pelletées de Best Of divers et variés. Je vous conseille de bien faire attention à prendre une compilation de Kenny Rogers & The First Edition, celui-ci par exemple, et pas de Kenny Rogers seul. Sa carrière solo est à mon sens beaucoup moins intéressante.

***

En nettoyant ma boîte mail, je suis tombé sur un paquet de trucs restés sans réponse, faute de temps et de connexion. En particulier, un mail de Sami me présentant son blog, Pardon My Freedom. L'oubli est (très tardivement) réparé.

March 03, 2006

Not Enough Islands

Il y a quelque chose d'assez magique au Zèbre de Belleville. Une atmosphère, une proximité, un petit rien indicible qui donne souvent de très bons concerts. J'y avais vu, du temps de leur premier album les anglais de Turin Brakes, pour un très bon concert : deux concerts, deux voix, une intimité presque forcée et au final, un très bon moment.

Neal Casal y était mardi dernier, et moi aussi, dans le cadre d'un Libé Music Club organisé par les labels Fargo & Naïve. La première partie est revenue à Marie Modiano (Naïve, donc), la fille de Patrick, pour un set très déroutant : un timbre de voix charmant, de belles mélodies au piano, un univers sonore pour lequel j'aurais a priori beaucoup de sympathie ... et au final, rien. Ou si peu de choses, entre jeu de scène trop maniéré, manque de justesse sur la voix et textes en anglais plutôt pauvres. N'est pas Cat Power qui veut. C'est cependant grâce à Marie qu'on doit la découverte du grand Tristan Elgoff : ne serait-ce que pour cela, laissons lui le temps de trouver de vraies bonnes chansons. Vous pouvez vous faire une opinion en écoutant quelques titres sur le site de Naïve.

Vint ensuite Mr. Neal. Fleuron de l'americana contemporaine, compagnon de route de Ryan Adams, collaborateur de Shannon McNally, Badly Drawn Boy ou Lucinda Williams, l'homme était seul avec sa guitare face au public. On ne peut pas dire que ses chansons gagnent énormément de ce dépouillement. Je préfère pour ma part les versions orchestrées. En revanche, il permet de mettre à nu ce qui ne transparaît pas toujours immédiatement sur les disques du bonhomme : un jeu de guitare d'une précision, d'une justesse et d'une sobriété renversantes, et une voix phénoménale. Une voix de voyageur, de conteur. La voix d'un homme perturbé, qui trace sa route, qui fait avec, mais qui doit/veut dire les choses comme elles sont. qui ne peut pas les garder pour soi. Et le tout orchestré avec ce sens de la nuance qui manque à tant d'artistes : certaines notes sont étouffées, certains mots murmurés, on se retient... et puis on se lâche.

Explorant un répertoire qui représente déjà plus de 10 ans de carrière, il fait aussi bien preuve d'un sens musical instinctif que d'un caractère plutôt ombrageux. Plutôt agité tout du long, il se vexera donc à un moment du concert pour une raison incompréhensible du public, expédiant alors 3 morceaux à toute vitesse avant de se reprendre et de finir en beauté, sans amplification, sur un gospel des Consolers, déchiffré sur une cassette à l'adolescence.

En cours de route, l'ami Neal nous aura gratifié de deux reprises, dont voici les originaux. Une version apaisée (et au piano) du "It's Not Enough" qui figure sur "LAMF" (Like A Mother Fucker), le rare mais bientôt réédité premier album du proto-country-punkster Johnny Thunders, et ce qu'il considère comme la plus belle chanson du monde. Une petite pépite d'un groupe dont je n'avais jamais entendu parler : The Incredible String Band, combo anglais de folk expérimental qui a notamment joué à Woodstock. Vous allez voir, elle est pas mal du tout cette plus belle chanson du monde.

Johnny Thunders :: It's Not Enough
[from L.A.M.F.]

Incredible String Band :: Maker of Islands
[from Hard Rope & Silken Twine]

***

Le bon révérend nous gratifie d'un Bloody Come-Back Mix extrêmement bien torché. A ne pas manquer. Chez Popsheep, il y a de l'album concept avec un sacré line-up. Et Chryde a pisté un certain Sparrow House qui fera du bien à vos oreilles.

Sinon, j'ai mis une radioblog. Pour l'instant, je m'amuse avec, je verrais bien ce que j'en fais à terme. D'autres nouvelles très bientôt. Take care, everyone.

March 01, 2006

Mythes et réalités ...


Le mythe familial, perpétué par ma mère et rabaché au-dessus d'un café à chaque fois que je fais étalage de ma sensibilité musicale, est le suivant : je suis en CE1 et l'institutrice demande à chaque élève de ramener un disque qu'il aime pour le faire écouter à la classe. Chaque élève ramène donc le disque de son choix, et la sélection des extraits passés avant moi est majoritairement constituée de génériques de dessins animés, Maya l'Abeille et Goldorak en tête. Vient mon tour. J'ai choisi l'un des vinyls de mes parents que j'écoute tout le temps.

A peine le disque a-t-il commencé à tourner que les autres enfants commencent à huer, crier et gémir. Bref, à protester avec toute l'énergie dont ils sont capables. Fort de l'incroyable confiance en moi qui m'habite déjà à l'époque et de ce courage face à l'adversité que tout le monde me reconnait, je me mets immédiatement à pleurer et ne m'arrête que lorsque ma mère finit par venir me chercher, au grand désespoir de mon institutrice qui essaie de m'expliquer que ce n'est pas grave, que ma musique est magnifique, que je suis en avance sur eux, etc ...

Notez que je ne me souviens absolument pas de cette scène, pas plus que je ne me souvenais du disque en question. Les divers soubresaults familiaux de la deuxième moitié des années 80 ont fait que la quasi-totalité des la discographie familiale a disparu dans un quelconque déménagement. Je ne me souvenais donc que de la pochette.

Et il y a quelques semaines, en goguette du côté de Covent Garden, je suis tombé dessus. Pas en tête de gondole mais presque, l'artiste en question ayant rompu son silence discographique en 2005.


L'artiste, c'est Neil Diamond. L'auteur, entre autres, de "Girl, You'll Be A Woman Soon". Une légende vivante aux Etats-Unis, pas loin d'être totalement inconnu ici, ou alors simplement un souvenir distant pour les gens de la génération de mes parents.

Le disque, c'est "Hot August Night", son double live de 1972. C'est Neil Diamond au fait de sa gloire, avec toutes les excentricités et la mégalomanie que cela peut supposer (visez un peu cette pochette, et je ne vous parle même pas du prologue...).

Neil Diamond :: Solitary Man
Neil Diamond :: Girl, You'll Be A Woman Soon
[from Hot August Night]

En 2001, Neil Diamond a enregistré son premier réel album depuis près de 10 ans, et en 2005 il collabore avec Rick Rubin pour un nouvel opus. Le résultat s'appelle "12 Songs". Un disque apaisé, doux mais pas exempt de petites douleurs.

Neil Diamond :: Oh Mary
[from 12 Songs]

February 27, 2006

J-Roc, dealer de crack


A force d'idoles en toc qui en rajoutent des caisses pour asseoir une street credibility défaillante, on reproche souvent au rap d'être devenu une usine à clichés, bling bling et dope en étendard, faits pour perpétuer des légendes et, au final, amasser du blé. C'est une généralisation qui méconnait certaines réalités.

Nos excellents confrères de l'Abcdr ont essayé de remédier à cela, en publiant des papiers oubliés, partiellement publiés dans Radikal. Ces papiers, ce sont 3 interviews d'un jeune de Queensbridge, J-Roc, à trois moments de sa courte existence. Un texte édifiant, et nécessaire.

1. J-Roc, dealer de crack

Notorious BIG :: Ten Crack Commandments
[from Life After Death]

R: Tu deales du crack depuis quand, quel âge t’avais quand t’as commencé ?
J-R: J’ai grandi autour du crack, ça battait déjà son plein quand j’étais bébé. A l’époque on disait "free base", c’est bien après qu’on a commencé à appeler ça "crack-cocaine". Je me souviens, quand j’étais petit, ma mère me disait "dis à ton frère qu’on passe à table, va le chercher, il est où ?" Je le voyais sur le pallier avec des sales mecs tout dégeulasses, qui puaient… Je me disais "qui c’est, qu’est ce qui se passe ?"
J’ai deux frères; quand j’ai commencé à vendre sérieusement, j’avais 13 ans. Ils voulaient pas que je rentre dans le jeu, ils me tabassaient, prenaient mes cailloux et mes thunes pour que j’arrête mais y-avait rien à faire. Des fois, les crackés me disaient: "si je t’achète une dose, tes frères vont me tuer", je disais: "c’est moi qui vais te tuer si tu leur dis…"
Quand l’ainé (Ant) est allé en prison, il a pris huit ans et j’ai eu la voie libre.

2. Inside Rickers Island

Kool G Rap :: Rickers Island
[from Wanted : Dead or Alive]

R: Et l’ambiance ici ?
J-R: Ça par contre… Toujours la même guerre entre les latinos et les négros… Ça se balafre au rasoir pour n’importe quoi: les coussins, les couvertures, la télécommande de la télé, l’accès au téléphone etc. En soi, ils s’en foutent mais c’est le symbole du pouvoir qu’ils cherchent. "Tu contrôles le téléphone" ça veut dire: "tu contrôles ceux qui veulent se servir du téléphone", tant que tu contrôles, t’es le king. Même le mec qui a pas besoin de téléphoner, il va faire semblant pour dire "c’est mon tour, je me suis battu pour ca, j’y ai droit"…
3. Moriah

Mobb Deep :: Survival of the Fittest
[from The Infamous]

R : O.K, après le sport, quoi ? La bouffe ?
J-R : Ouais. Pour la bouffe aussi, y'a une grosse différence avec Rykers : elle est bonne, y-a pas à chier. T’arrives, y'a de tout : des œufs brouillés, du bacon, du jambon, des pancakes, des frites-maison, des céréales, des saucisses, y-a même des gauffres ; bref, ça tue. A Rykers, je bandais pas ; à Moriah, je croie pas qu’ils mettent des trucs bizarres dans la bouffe parce que le matin, t’as la barre grave… Truc de fou, à l’appel de 5:45, on est tous en ligne et on a la trique comme des mousquetaires, ils nous font : "alors les filles, on mouille ?"

Note : Je n'ai pas choisi les deux premiers morceaux, qui sont mentionnés "par les acteurs eux-mêmes" dans le cadre de l'interview. En particulier, si BIG se montre comme toujours assez monstrueux, je n'aime pas trop le morceau de Kool G Rap, que je trouve mal rappé (mal rappé et Kool G Rap dans la même phrase, ca pourrait être une erreur, mais ça ne l'est pas). Le morceau de Mobb Deep est en revanche un choix plus personnel, suite aux conseils de l'ami Tunui : il illustre bien le parcours de J-Roc, et Mobb Deep, originaire de Queensbridge, est cité à plusieurs reprises dans l'article.


February 24, 2006

Bienvenue à Bollydub


En écho à cette conversation, petit retour sur un groupe assez unique, qui mélangeait - 10 ans avant MIA et avec beaucoup plus de talent - phrasé rap, sonorités électro et influences orientales, le tout sous-tendu par une orientation politique pour le moins combative.

Le groupe est né d'un documentaire, "Identical Beat", qui filme une série d'atelier s qui au cours de l'été 1993 initient les adolescents d'origine asiatique du quartier de Farringdon, à Londres, les rudiments de la musique électronique. Le groupe sera formé par les deux enseignants et l'un de leurs élèves, un jeune rapper de 15 ans qui se fera bientôt appelé Master D. Asian Dub Foundation, puisque c'est d'eux qu'il s'agit, émerge en 1994 dans le contexte de la montée de la violence contre les communautés pakistanaises et indiennes en Grande-Bretagne, avec un premier EP, intitulé "Conscious". En 1995 suit un premier album intitulé "Facts & Fictions" plein de "hard ragga-jungle rhythms, indo-dub basslines, searing sitar- inspired guitars and 'traditional' sounds gleaned from their parents' record collections, shot through with fast-chat conscious lyrics" et qui rassemble afficionados des dance-floors et militants anti-fasciste.

L'équilibre est vite trouvé et atteint à mon sens la perfection sur "R.A.FI." - pour Real Areas For Investigation - avec un mélange d'anthems revendicatifs (le groupe appelle à la libération de Satpal Ram, libéré en 2001) et plages expérimentales, concues comme le dub le plus classique mais sous perfusion d'influences orientales.

Depuis, le groupe a grandi et a échappé au public de la première heure pour conquérir le monde. Il a tourné avec Primal Scream, David Bowie et les Beastie Boyz, invité Sinead O'Connor sur son "Community Music", joué avec Ed O'Brien de Radiohead et (hélas) changé de MC... En bref, sa musique revendicative et sans frontière, dansante et intelligente, a rencontré le succès. Tant mieux. Et si après avoir pris un virage très électro, il semble aujourd'hui commencer à tourner en rond, après plus de 10 années de carrière, son influence aura été, à bien des égards, décisive.

Je me souviens encore avec émotion de ce CD sampler de Labels que j'avais reçu et dont je n'ai rien gardé à part Diabologum et le "TH9" de ce groupe inconnu. Et de la claque reçue avec "Naxalite". Bienvenue à Bollydub, pour un petit retour sur les débuts de leur carrière et sur quelques raretés.

Asian Dub Foundation :: TH9
[from Facts & Fictions]

Asian Dub Foundation :: Culture Move (feat. Navigator)
[from R.A.F.I.]

Asian Dub Foundation :: P.K.N.B. (Dry & Heavy Connection Dub)
Asian Dub Foundation :: Tu Meri (Wayward Soul Remix)
[from Frontline]

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Can I Bring My Cat a publié un très bon texte sur Dilla, plutôt original (étant donné que l'auteur n'est pas fan de Jay Dee) et idéalement illustré par Mad Skillz.

C'est chose assez peu courante, mais aujourd'hui l'ORTF vous pointe sur un billet publié chez Embruns.

February 21, 2006

Brain Damage Down By the Seaside


Cela fait des années que je n'ai pas écouté Pink Floyd. Ou Led Zep. Ces groupes font partie de ces dinosaures que j'ai portés aux nues à un moment ou un autre de mon adolescence. Des groupes dont je ne méconnais pas l'importance ou le génie, dont je regrette souvent les dérives (les méga-concerts de Gilmour et sa bande pendant que Barrett sort à peine de son cottage, les featurings de Jimmy Page pour Puff Daddy). Et dont simplement je n'écoute plus que quelques morceaux ou certains albums (ah ... "Atom Heart Mother" et ses cors de chasse), souvent par pure nostalgie.

Et puis, certains artistes considèrent comme moi que ces grands ancêtres sont au coeur de leurs influences musicales et ils décident alors d'en offrir une reprise. L'occasion de revisiter un peu leurs oeuvres et de dépoussiérer leurs disques. C'est le cas ici, avec ces deux morceaux radicalement différents.

Dans le premier, les Easy Star All-Stars, soit une ribambelle de requins de studio parmi les plus redoutables de Jamaïque, s'attaquent à "Brain Damage", fleuron du "Dark Side Of The Moon" du flamand rose. Ils étirent les moments de la même façon que les petits maîtres du psychédélisme, susurrent les mots pour les rendre aussi répétitifs, oppressants et presque liturgiques. Il s'agit d'un appel mystique, un appel à la résistance peut-être, transmis en code. "The lunatic is on the grass", je répète, "the lunatic is on the grass".

La similitude s'arrête là : les Floyds étaient de jeunes gens blaffards affalés sur de moelleux coussins, entourés de jeunes femmes admiratives et trippant jusqu'au petit matin ; les All-Stars sont des reggae boys aux poumons pleins de crasse et aux voix rocailleuses, entassés dans un minuscule studio avec une fenêtre qui donne sur les collines de Jamaïque. Peut-être vieux mais pas si fatigués que ça : un rire joueur les habite et le tressautement du rock-steady, ralenti à l'extrême, les fait osciller de droite à gauche.

Easy Star All-Stars :: Brain Damage (feat. Dr. Israel)
[from Dub Side Of The Moon]

Dans le second, Tori Amos rend hommage à son pygmalion, le chevelu Robert Plant qui fut son découvreur et des années durant son mentor. Ils entremêlent donc leurs voix sur une des ballades les plus hypnotiques du Zep, "Down by the seaside". L'instrumentation est moins folle, plus dépouillée - après tout, les années 70 sont loin derrière nous - et ressemble parfois à s'y méprendre à du Nick Cave ou du PJ Harvey. Les voix sont assagies : on ne feule plus, on se retient. Plant, tout en retenue, n'est là que pour nous introduire à l'univers de sa douce protégée: une sorte de clair-obscur où les notes tiennent un temps très court avant de se briser, l'interminable ballade sur ce rivage n'ayant plus vraiment de but en dehors de l'errance. Et si leur solitude se fait par moment plus oppressante, au moins sont-ils ensemble, chacun se reposant sur l'épaule de l'autre.

Tori Amos & Robert Plant :: Down By The Seaside
[from Encomium : A Tribute To Led Zeppelin]

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Attention, évènement : Neal Casal sera le 28 février au Zèbre de Belleville, et il s'agit de la seule date française de sa tourné pour l'instant. Il s'agit malheureusement d'un concert privé, organisé par les gens de Fargo à l'occasion de la sortie prochaine de son nouvel album, "No Wish To Reminisce". Il est cependant possible de gagner des places sur le site du label en répondant à deux questions assez simples. C'est ici. D'autre part, le quotidien Libération est partenaire de l'opération et devrait lui aussi offrir des places.

La veille, ce sont d'autres poulains du label qui seront à la Maroquinerie : Lauren Hoffman et Alamo Race Track, accompagnés d'Emily loiseau (dont je suis nettement moins fan). Avec des invités surprises, d'après l'affiche. Peut-êtrer que l'ami Neal fera un tour !

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Dan de Said The Gramophone s'est lancé dans un incroyable numéro d'auto-parodie. Pour les réguliers du blog canadien, c'est hilarant. Et surtout, le morcau de Micah P. Hinson est très bien.

Une poignée de nouveaux blogs (ou pas si nouveaux que ça mais que je ne fréquentais guère jusqu'ici) : Spread The Good Word, The Civil Servant, La Cadillac, les barricades ...

Après Wilson Pickett et Jay Dee, c'est au tour de Ray Barreto, le maitre de la latin soul de nous quitter. Soul Sides, comme toujours, lui rend un hommage aussi vibrant qu'intéressant. Très didactique pour les néophytes.

Après nous avoir fait découvrir les premiers pas scéniques de Fredo Viola, Green présente Everybody Loves Irene, du trip-hop made in Jakarta sous haute influence bristolienne. J'ai à peu près les mêmes objections que lui, mais ça vaut au moins une petite écoute.

Chryde a raison : c'est affreux.

February 17, 2006

Since I Left You // Hot Guacamole


Le week-end dernier, la nouvelle de la mort de Jay Dee me prenait complètement au dépourvu. Un nouveau talent qui nous quitte trop tôt, à l'âge de 32 ans. Lundi, pour se consoler, j'étais au New Morning pour la venue de Prince Paul. Autre légende, autre philosophie, mais une même influence sur le hip-hop que j'aime : énorme.

L'acolyte de De La Soul et de Dan The Automator a un goût assez prononcé pour le burlesque. Témoin les deux phoney MCs l'accompagnant. Témoin l'interminable interlude qui servit d'introduction au concert en lui-même. Plus un mix qu'un concert, d'ailleurs.

Véritable mémoire vivante de toute une partie du mouvement hip-hop, le prince, qui officiait déjà comme DJ aux débuts des années 80 avant de rejoindre, toujours comme DJ, les Stetsasonics, a donc fini par s'emparer des platines pour nous emmener en voyage. Départ sur le groove des Jackson 5 avant de s'aventurer sur les terres des Boogie Down Productions, de s'autoriser des détours par les 36 chambres du Wu-Tang, de s'attarder longuement sur la Native Tongue, et même de nous emmener (rapidement) sur la West Coast. Et de nous laisser partir, enfin, sur un ultime "Ante Up", le violentissime anthem signé MOP.

Les lancements n'étaient pas tous réussis, mais quelle culture ! Eclectisme, brio, inspiration : tous les ingrédients d'un excellent mix étaient donc réunis. Si plus de DJs étaient moins techniques mais aussi inspirés, on passerait sans doute de meilleures soirées.

Trèves de bavardages : Prince Paul est aussi devenu une légende parce qu'il s'est assez rapidement tourné vers la production, notamment aux côtés de De La Soul. "Ring Ring Ring" et "Me Myself & I", c'est lui.

Deux morceaux, donc, pour illustrer le talent du bonhomme.

Prince Paul - Since I Left You (Remix)

MF Doom feat. MC Paul Barman - Hot Guacamole
[from Mm... Leftovers]

[Buy]

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Mark Erelli "feels so good [he's] gonna break somebody's heart tonight". Une belle reprise de Richard Thompson. 13Ghosts s'attaque pour sa part au "Three Little Birds" de Bob Marley, et c'est très beau.

Score*Blog a l'excellente idée de nous présenter la somptueuse musique, entremêlant cordes et blips, du "Solaris" de Soderbegh. Son compositeur attitré s'appelle Cliff Martinez.

Parmi tous les hommages qui fleurissent à l'occasion de la mort de Jay Dee (tiens, un autre!), j'ai un faible pour ce mix.


February 13, 2006

February 09, 2006

A Reasonable Man // A Quiet Town


"CHER AMI, maintenant qu'aux heures poudreuses et sans horloge de la ville les rues s'étirent sombres et fumantes dans le sillage des arroseuses, et maintenant que les ivrognes et les sans-logis ont échoué à l'abri des murs dans des ruelles ou des terrains vagues, que les chats vont étiques et les épaules saillantes dans les sinistres environs, en ces couloirs de brique pavés ou laqués de suie où les ombres des fils électriques muent en harpe gothique les portes des caves, nul être ne marchera hormis toi."

Cormac Mc Carthy, in Suttree

Je ne sais pas si Cormac McCarthy écrivait en musique, mais je l'imagine parfois, alors qu'il se lève aux aurores pour s'atteler - encore, pour la centième fois, pour la millième fois - à ce qu'il considère comme l'oeuvre de sa vie, son Ulysse. Il entre dans son bureau et s'assoit. Se laisse tomber, plus qu'il ne s'assoit. Autour de lui, des meubles vermoulus. Quelques uns, le strict minimum. Un bureau, une chaise dont les accoudoirs ont été façonnés par le poids de ses bras, une étagère sur laquelle trône des milliers de pages, pleines de ratures.

Autour de lui, tout n'est que silence. Je ne sais pas s'il a une femme, des enfants, mais s'ils sont là, ils dorment encore. Il vit près d'une rivière, ou d'un plan d'eau quel qu'il soit. On en perçoit le murmure, à la périphérie. Il a les sourcils bas, le front creusé, et la démarche d'un homme aux reins brisés. Il enfante, voyez vous. Il enfante depuis de longues heures, de longues journées, d'interminables années. Il façonne une ode au renoncement.

Et dans ce dénuement ascétique, dans ce silence écrasant, il lutte, il se bat chaque jour un peu plus. Pour transcrire la musique qu'il entend dans sa tête, transmettre les mots qui jonglent entre ses oreilles, écrire ce qui doit l'être.

Ce renoncement que je retrouve, presque par accident, lorsque les choeurs fragiles entrent dans "A Reasonable Man" et accompagnent le spectre de la voix de Matt Berninger, lui conférant à la fois plus de légèreté et une pesanteur nouvelle.

Cette volonté absolue d'abandon que je cherche dans la nouvelle fugue, arpèges fuyants surmontés d'un chant lunaire, de Josh Rouse.

The National - A Reasonable Man (I Don't Mind)
[from Cherry Tree EP]

Josh Rouse - Quiet Town
[from Subtitulo]

"Subtitulo", le nouvel album de Josh Rouse, est annoncé pour avril.
Edit : la vidéo de "Quiet Town" est ici. [via Chryde]

February 07, 2006

Thin

"La Ligne Rouge", c'est l'histoire d'un homme qui doit partir à la guerre mais qui emmène avec lui, dans l'enfer du Pacifique, une étincelle qui ne quittera jamais ses yeux, une innocence qui ne quittera jamais son âme, un rien indicible qui le protège de l'horreur.

"La Ligne Rouge", c'est l'histoire d'un deuxième homme - un sergent, évidemment - qui le regarde et qui ne parvient pas à le comprendre. Qui cherche lui aussi une parcelle de pureté à laquelle se raccrocher pendant qu'autour de lui les hommes tombent. Mais qui ne la trouvera pas.

Sans doute parce qu'il n'était pas destiné à fréquenter les anges. Sans doute parce qu'il n'a pas connu les îles mélanésiennes, leur douceur immaculée, et leurs chants.

Evidement, l'un meurt, et l'autre pas.

The Choir Of All Saints, Honaria - Jisas yu holem hand blong mi
The Melanesian Brotherhood, Tabalia - Holly
The Melanesian Brotherhood, Tabalia - Traditionnal Lullaby

[from Melanesian Choirs : The Blessed Islands - Chants from The Thin Red Line]



February 03, 2006

En attendant ...





En attendant la suite, et notamment les chants polynésiens promis à mon ami l'Affreux, voici quelques petits trésors à butiner sans retenue :




  • db présente ici ma chanson préférée de Nina Simone, "Four Women", et propose même une vidéo tirée des archives de l'INA. Aussi magnifique qu'indispensable.
  • Sean présente un extrait de folk turc. Le texte qu'il a écrit pour nous présenter Bülent Ortaçgil est aussi beau que la chanson en elle-même.
  • Page France en live ? c'est là.
  • ?uestlove a donné une suite à sa compilation "Babies Making Babies". Soul Sides la présente ici.